Cinquante nuances de Grey (Fifty Shades of Grey)

cinquante nuances de Grey


Cinquante nuances de Grey, a porn star is born.

Sur toutes les lèvres, dans toutes les bouches, entre toutes les mains … le temps d’un été. Objet de tous les fantasmes, renouveau de la littérature érotique, hymne vibrant à la gloire du sex toy, la trilogie Cinquante nuances de Grey se résume-t-elle à un best seller cochon qui a permis à la ménagère de s’initier à la pornographie et au sadomasochisme tout en restant dans le coup ?

En fait c’est quoi ce bouquin ?

Rejeton d’une relation contre nature entre deux genres improbables, Cinquante nuances porte remarquablement bien son nom. C’est vraiment du 50/50.

50 % téléfilm de M6

Un scénario très convenu

Tous les passages obligés sont présents dans le livre, histoire de ne pas perturber l’horizon d’attente du lecteur : les 2 personnages que tout oppose, la rencontre, le coup de foudre, l’éloignement, les rapprochements, les malentendus, les retrouvailles … Super, on peut s’endormir pendant quelques pages, on est en terrain connu.

Les personnages plus stéréotypés tu meurs

lui (Christian) : jeune, beau, sexy, riche, PDG (forcément mais de quoi, on ne sait pas trop), généreux (il œuvre dans l’humanitaire), puissant, aussi à l’aise aux commandes de son avion que de son bateau, mince, sportif, entouré de domestiques aux petits soins pour lui … en gros, monsieur cumule toutes les qualités du prince charmant standard mais … ce pauvre riche jeune homme est torturé. Il ne peut s’attacher sentimentalement suite à son abandon et à son initiation sexuelle prise en charge par une femme plus âgée que lui qui a, certes, libéré ses pulsions mais qui lui a appris que l’amour se résumait à des rapports de domination.

En résumé, monsieur est un animal sauvage, sexy en diable mais dangereux, imprévisible et sombre. Grraouu, voici le pirate de nos grand-mères relooké !

Elle (Anastasia) : Jeune, naïve, innocente, vierge (!!!), belle, mince, nunuche à souhait mais au caractère bien trempé (quand elle dit non, elle ne cède que quelques pages plus tard c’est dire …), pleine de principes … Elle n’est pas riche (bien sûr) et présente des troubles alimentaires, anorexie is so sexy, (incapacité à s’alimenter correctement traduisant des troubles affectifs liés à la perte de son père, cette perte conduisant également à des tensions dans ses rapports aux hommes … voilà pour la minute psychologie pour les nuls). Très jalouse de son indépendance au début de l’histoire, elle finira à la place qui est la sienne, sans travail et élevant la progéniture de Superman (car bien sûr, elle se retrouve enceinte par accident mais ne pense pas une seconde à l’avortement)

Les autres personnages tiennent aussi parfaitement leurs rôles de clichés sur pattes : la meilleure amie fouineuse, le meilleur pote secrètement amoureux d’elle, la mère absente, le frère du héros qui est le même mais sans le côté sombre et romantique… on se croirait dans Twilight (ce qui n’est pas étonnant puisque Cinquante nuances de Grey est à la base une fanfiction basée sur l’univers de … Twilight !)

50 % porno sado maso

Entre deux scènes bien culcul, on passe au vrai cul. C’est comme si on zappait entre un fiancé pour noël  et le journal du hard. Bien sûr, il y a progression, mais rien ne nous sera épargné. Le jeune PDG est un petit coquin pourvu d’une salle de jeu remplie de jouets merveilleux. Cinquante nuances de Grey ressemble souvent à un catalogue de sex shop : boules de geisha, pinces à seins, plugs, barre d’écartèlement, vibromasseur, fouet, cravache, bâillon, menottes …le choix est vaste et tout y passe (elle aussi d’ailleurs) ! Le prince charmant avouera même  qu’il a personnellement testé le plug anal !

Dans une ambiance feutrée et sur fond de musique classique (il faut rester classe, toujours), le maître entreprend de révéler à la jeune fille les délices de la douleur en lui chantant j’veux du cuir de Souchon…

Après s’être offusquée d’une fessée un peu trop vigoureusement appliquée, l’élève se révèle vite très enthousiaste.

Comme s’il suffisait d’y mettre de la bonne volonté pour devenir adepte du sadomasochisme … C’est d’ailleurs la leçon très simpliste assénée par Cinquante nuances de Grey : avec l’aide des bonnes personnes (With a little help from my friends), on peut changer radicalement. De cette manière, Christian renoncera tout aussi simplement à ses sombres pulsions et à ses coupables penchants pour l’amour de sa belle. Un vrai conte de fée … tout aussi crédible que l’orgasme foudroyant de l’héroïne dès son premier rapport, bien entendu idyllique.

Et donc ?

Cette alternance entre bluette et porno (parfois assez hard d’ailleurs) est assez déstabilisante. J’ai eu l’impression de lire la version romancée et expansée de la chanson  ce soir tu vas prendre  de Max Boublil, entre « est-ce que tu te rappelles quand on prenait le temps de s’aimer vraiment ? » et « je vais t’en mettre pour 10 ans, tu raconteras à tes enfants »

(si vous ne connaissez pas ce chef d’œuvre de l’art choral, c’est cadeau !)

En plus, certains détails sont assez ennuyeux : la répétition systématique de certains gestes des personnages par exemple. L’héroïne passe son temps à se mordiller la lèvre inférieure et le héros passe son temps à le lui faire remarquer … On oubliera la symbolique lourdingue mais la 45ème fois, ça devient pesant. De même la phrase « ça sent bon, ça sent Christian »  doit revenir toutes les 10 pages. Ok, madame est un animal, babines dégoulinantes et truffe au vent, on a compris. Le fait que Christian l’appelle  « bébé » est tout simplement ridicule. Comment lire la phrase « oh oui, jouis pour moi bébé ! » sans éclater de rire ?

De même, les protagonistes sont atteints de logorrhée aiguë dès qu’ils passent au lit : « tu es belle », « tu sens bon », « sais-tu l’effet que tu me fais ? », « et ma salade, tu l’aimes ma salade ? » … encore et encore, jusqu’à ce que le lecteur ait envie de hurler « mais vos gueules et passez donc à l’action ! »

Au final qu’a-t-on ?

Une romance très passable ? Un porno female friendly ? Un roman d’initiation ? Une opération marketing visant à doper les ventes de vibromasseurs ?

En tout cas, Cinquante nuances de Grey aura féminisé et démocratisé le sadomasochisme et le porno, tout en instaurant sournoisement l’idée qu’il suffit d’essayer pour adhérer (en gros si tu n’aimes pas la fessée ou la sodomie, c’est que tu ne fais vraiment aucun effort feignasse !) Pour ma part, j’ai largement préféré histoire d’O.

Je pense qu’un vaste public a vu ses horizons (et peut-être le cercle de ses amis) s’élargir après cette lecture, même si je frémis en pensant à ces hordes de ménagères de tous âges envahissant les sex shops en quête de pinces à seins et de boules de geisha.

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Miss Tcharafi

Mi-femme, mi-cyborg, je jongle entre Hi-Tech, littérature et cosmétiques. J'ai un avis sur tout et je le partage volontiers, d'autant plus que j'ai toujours raison. Mon but ultime est d'être Terminator avec du gloss.

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