Mr Mercedes : Off.-ret. chapitres 8 à 22

Mr Mercedes Off.-ret. 7 à 22

ATTENTION : cet article fait partie de la rubrique « lisons ensemble ! » et contient des SPOILERS sur le livre présenté. Si vous n’avez pas lu ce livre, je vous conseille vivement de passer votre chemin. 

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Épisode précédent :

Mr Mercedes : Off.-ret. chapitres 1 à 7

Off.-ret. chapitres 8 à 22

Après la mise en place de l’action, la narration semble s’emballer. Des chapitres courts « d’ambiance » alternent avec des chapitres plus longs, riches en informations.

Le chapitre 11 : la révélation

Ce chapitre s’ouvre sur l’apparition d’un nouveau personnage : Freddi Linklatter, employée chez Discount Electronix (enseigne dont Hodges avait reçu un prospectus au chapitre 2), en grande discussion avec Brady, un autre employé. On suit distraitement cette discussion quand tout à coup BOUM ! Comme ça, l’air de rien, la bombe est lâchée. Nous venons de faire connaissance avec le tueur à la Mercedes ! Freddi est un leurre. Le personnage intéressant est Brady, l’oreille attentive et discrète. Nous voici donc dans la tête du monstre. Celui-ci repense à la lettre qu’il a envoyée à Hodges et se met à la place du vieux flic. Il se doute que celui-ci ne la confiera pas à la police scientifique car il s’ennuie et que cette affaire va le « requinquer ». On apprend aussi qu’il l’espionne régulièrement.

Mr Mercedes parapluie bleuMais il a tendu un piège redoutable à Hodges. En effet, en lui permettant de communiquer avec lui par le moyen du Parapluie bleu de Debbie (une messagerie), il pourra le manipuler. La citation de Nietzsche à ce propos est très intéressante. Brady part en effet du principe que « si tu regardes trop longtemps dans l’abîme, l’abîme aussi regardera en toi ». Il envisage donc de s’insinuer dans les pensées d’Hodges. Mais réalise-t-il que cette situation sera réversible ou est-il si confiant dans ses capacités de dissimulation qu’il pense pouvoir faire barrage aux investigations du vieil homme ? Brady semble être atteint du syndrome du surhomme Nietzschéen par sa volonté de puissance et son “grand mépris” : mépris du bonheur, de la raison, de la vertu, de la justice et de la compassion. La référence au philosophe allemand est bien plus vaste qu’il n’y paraît. Brady est définitivement un jeune homme cultivé. Son nouveau hobby est de pousser les gens au suicide. On apprend qu’il a déjà sévi avec Mrs Trelawney, la propriétaire de la Mercedes dont il s’est servi et qu’il meurt d’envie de recommencer (il tombe ainsi dans le vice du criminel déjà évoqué par Hodges : le besoin incontrôlable de recommencer jusqu’à se faire coincer). Le plaisir sexuel qu’il éprouve lorsqu’il provoque la mort de quelqu’un est encore affirmé.

Au cours du chapitre, d’autres informations sont données sur ce personnage :

– il possède 5 kg d’explosifs dans le placard de son sous-sol

– il a 2 boulots (on ne sait pas encore quel est le deuxième, on ne l’apprendra qu’au chapitre 22)

– il veut retourner à la fac

– sa mère est alcoolique

– il pense qu’il ne faut jamais mentir quand on peut dire la vérité

– il déteste tout le monde

Sa description physique est rapidement brossée. Brady est jeune, il n’est ni laid ni beau et a 28 ans.

Le chapitre se termine sur une deuxième révélation : il a tué son frère sur une idée de sa mère qui a ensuite couvert le crime. La famille a l’air gratinée !

Brady correspond bien à l’image qu’on se fait du tueur en série, hanté par un passé difficile et entretenant des rapports conflictuels avec sa famille. Stephen King fleurte encore avec le cliché. Et il ne se contente d’ailleurs pas de l’effleurer pour y plonger joyeusement à d’autres moments.

Encore des clichés

La relation entre Hodges et son ancien coéquipier Pete en est remplie.

Ils se racontent des histoires sexistes, badinent de façon assez vulgaire, se donnent des noms d’oiseaux … toutes les démonstrations d’amitié viriles y passent, y compris les bourrades et l’accolade. Stephen King, encore une fois, montre qu’il n’est pas dupe en soulignant ces échanges par l’expression « comme veut la coutume » qui ritualise la scène.

Mr Mercedes chevrolet grise

Pour ceux qui, comme moi, ne se représentent pas bien une Chevrolet

Ces clichés sont aussi exhibés à travers la réflexion sur les voitures et ce qu’elle révèlent : la Chevrolet grise annonce la police urbaine, la vieille Toyota dénonce le vieux retraité (ce qui nous renvoie à nos remarques sur la Datsun d’Augie dans l’incipit du roman).

Des auto-citations

Depuis la Tour Sombre, il semble que Stephen King ait encore développé son goût pour l’auto-citation. En quelques paragraphes, c’est un vrai festival !

Au chapitre 12, Pete affirme que son plus grand cauchemar est « qu’une autre brume nous arrive du lac et qu’il [le tueur à la Mercedes] recommence ». Coucou Brume  !

Toujours au chapitre 12, Hodges repense à leur ancien surnom : « les chiens du ciel ». Coucou Bon ménage (dans le recueil Nuit noire, étoiles mortes)

Au chapitre 14, les flics semblent craindre que la Mercedes abandonnée redémarre toute seule « comme la vieille Plymouth dans ce film d’horreur ». Coucou Christine !

Encore au chapitre 14, le masque du tueur ressemble à celui de Grippe-sou, « le clown qui vit dans les égouts ». Coucou ça !

Euh, ça ne fait pas un peu beaucoup là Steve ?

 De nouvelles informations sur le personnage principal

Jusqu’ici, nous n’avions aucune idée de l’apparence d’Hodges. Une description physique très sommaire nous est donnée au chapitre 10 : l’ex policier est gros et a les cheveux clairsemés.

Mr Mercedes John Wayne

Faut pas le chercher John Wayne, surtout quand il a été obligé de tailler sa nappe pour s’en faire une chemise !

Son changement d’état d’esprit est radical. Il décharge son revolver et le range. Ses idées suicidaires l’ont totalement quitté. Son addiction à la télé réalité appartient au passé : au chapitre 20, il se rend compte qu’il a raté ses émissions de l’après-midi mais qu’il s’en moque. Il vient en aide à un enfant agressé par des adolescents d’une manière magistrale, très John Wayne.

Cependant, une certaine fragilité est mise en avant lorsqu’il manque de tomber en sortant du restaurant.

Une scène révélatrice le montre en train de ramasser soigneusement et de déguster les miettes de son dessert. Hodges ne néglige rien, les détails sont même pour lui « la part la plus délicieuse du gâteau ».

Il s’investit totalement dans l’affaire du tueur à la Mercedes, au point d’être inquiet à l’idée que son collègue l’ait résolue puis soulagé quand il s’aperçoit que ce n’est pas le cas.

Deux personnages sont encore évoqués dans cette fin de partie.

 Mrs Trelawney

Son histoire est racontée dans une alternance de chapitres se déroulant au restaurant et d’autres mettant en scène les souvenirs d’Hodges.

La propriétaire de la Mercedes n’était pas appréciée par les policiers. Tout le monde pense qu’elle s’est suicidée par culpabilité d’avoir laissé ses clefs sur sa voiture et donc d’avoir permis le vol. Cependant, Hodges pense que son suicide a une autre cause. Le fil de l’histoire est reconstitué à travers les souvenirs d’Hodges à partir de la découverte de la voiture abandonnée. Là encore, Stephen King ne lésine pas sur les détails macabres, histoire d’en rajouter une couche sur la monstruosité du tueur : le capot et le pare-brise maculés de sang, une manche de chemise arrachée et ensanglantée coincée dans la calandre (la chemise de notre ami Augie qui n’a pas survécu non plus finalement), les doigts arrachés d’une des victimes dont l’alliance est retrouvée coincée dans le chrome de la voiture … l’habitude de raconter des histoires d’horreur revient dès qu’on tourne un peu le dos, hein Steve ? Continuons gaiement avec l’évocation d’un goéland en train de dévorer un des doigts d’une victime que l’on a pas retrouvé (pourquoi est-ce que je pense à une scène du Talisman des Territoires là ?) ou, pire, du tueur le conservant comme trophée !

Mrs Trelawney a un comportement désagréable, voire choquant. Elle se désintéresse des victimes du meurtre et ne s’inquiète que du désagrément de devoir attendre les réparations de sa voiture. De plus, elle semble avoir quelque chose à se reprocher. Il n’est pas impossible qu’elle ait en effet oublié de fermer sa voiture et laissé ses clefs sur le contact par inadvertance, mais elle ne l’avouera jamais, car cette prise de conscience serait sans doute trop dure pour elle.

Jérôme

Le voisin d’Hodges apparaît tout de même un peu trop souvent pour que ce soit anodin. Il est encore mentionné dans le chapitre 8 dans une conversation avec une voisine. Brady le voit près de la maison d’Hodges au chapitre 22.

Curieusement, au chapitre 10, lorsque Hodges regarde les informations, un tueur en série surnommé Grim Sleeper est décrit comme un « afro-américain soigné de sa personne et s’exprimant bien ». Or, on sait que Jérôme souhaite aller à Harvard et Brady souligne au chapitre 22 « ses tablettes luisantes de sueur ». Il est donc cultivé et entretient son corps. C’est louche non ?

 La surprise de la fin de partie

Le dernier chapitre remet en scène Brady. Nous découvrons alors son second travail. Il est le marchand de glaces, celui que tout le monde aime. Ironie glaciale (ah ah ah !), Hogdes avait soupçonné ce marchand de glaces au chapitre 4 lors d’une crise de paranoïa.

 

Mr Mercedes hypothèsesHypothèses de lecture

– Ce Jérôme est décidément très suspect. Est-il le Grim sleeper ?

– Le malaise d’Hodges au restaurant annonce-t-il qu’il est condamné et que cette enquête sera sa dernière ? L’idée d’une course contre une grave maladie pourrait être introduite plus tard (oui, c’est cliché mais comme on est en plein dedans …)

– A quoi vont servir les 5 kg d’explosif conservé par Brady ? Projette-t-il une autre action meurtrière ?

– On apprend au chapitre 12 que si le tueur avait agi une heure plus tard, il y aurait eu des flics partout. Le savait-il ? A-t-il des contacts dans la police qui lui auraient permis d’une façon ou d’une autre de choisir le meilleur moment pour agir ?

– Le porte-clefs d’Hodges est une photo de sa fille. Cette nouvelle mention augure-t-elle qu’elle va jouer un rôle dans le roman ? L’attachement d’Hodges pour elle est assez fort, ce qui me fait craindre le pire.

A bientôt pour la suite !

 

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Miss Tcharafi

Mi-femme, mi-cyborg, je jongle entre Hi-Tech, littérature et cosmétiques. J'ai un avis sur tout et je le partage volontiers, d'autant plus que j'ai toujours raison. Mon but ultime est d'être Terminator avec du gloss.

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